Après avoir consacré un précédent article aux cochenilles, l’un des ravageurs les plus fréquents chez les Aeonium, intéressons-nous cette fois à un ennemi beaucoup plus discret : les chenilles.
Souvent sous-estimées par les collectionneurs, elles sont pourtant capables de provoquer des dégâts parfois spectaculaires en seulement quelques jours. Si une ou deux chenilles occasionnent généralement des dommages limités, une infestation importante peut rapidement défigurer une collection entière en s’attaquant au feuillage des plantes.
Heureusement, quelques observations simples permettent de détecter leur présence rapidement et d’intervenir avant que les dégâts ne deviennent trop importants.
Pourquoi les chenilles s’attaquent-elles aux Aeoniums ?
Les principales attaques sont généralement observées à l’automne, période correspondant à l’éclosion de nombreuses espèces de papillons.
Après la ponte estivale, les jeunes chenilles émergent avec un besoin vital de se nourrir afin d’assurer leur croissance extrêmement rapide.
Leur premier repas est souvent constitué du chorion, la fine enveloppe protectrice de leur œuf. Elles se dirigent ensuite immédiatement vers leur plante nourricière.
Chez certaines espèces, les jeunes larves peuvent multiplier leur poids par plusieurs centaines, voire près de mille fois au cours de leur développement. Cette croissance spectaculaire explique leur appétit particulièrement important.
Lorsqu’un Aeonium fait partie de leurs plantes-hôtes, les feuilles deviennent rapidement leur principale source de nourriture.
Les chenilles : quelques notions de biologie
Les chenilles représentent le stade larvaire des papillons (ordre des Lépidoptères).
La grande majorité des espèces sont phytophages, c’est-à-dire qu’elles se nourrissent exclusivement de végétaux.
Selon les espèces, leur régime alimentaire peut être très différent.
- Les chenilles monophages ne consomment qu’une seule espèce végétale ou un groupe très restreint de plantes. Privées de leur plante-hôte, elles cessent généralement de s’alimenter et ne survivent pas.
- Les chenilles polyphages, beaucoup plus opportunistes, sont capables de se nourrir de nombreuses plantes différentes. Ce sont elles que l’on rencontre le plus fréquemment dans les jardins et qui peuvent occasionner des dégâts sur les Aeoniums.
Des ravageurs principalement actifs la nuit
Les observations réalisées par de nombreux collectionneurs montrent que les chenilles présentes sur les Aeoniums sont essentiellement actives :
- à la tombée de la nuit ;
- durant la nuit ;
- tôt le matin ;
- lors des soirées fraîches.
Ce comportement rend leur détection particulièrement difficile.
Les responsables appartiennent souvent à différentes espèces de noctuelles (famille des Noctuidae), des papillons nocturnes dont les larves sont réputées pour leur voracité.
En journée, elles restent généralement cachées :
- entre les feuilles ;
- au cœur des rosettes ;
- sous les pots ;
- dans le substrat ou les débris végétaux proches.
Quels dégâts provoquent les chenilles sur les Aeoniums ?
Les premiers symptômes apparaissent généralement sur le feuillage.
Les jeunes larves commencent par grignoter l’épiderme des feuilles avant de réaliser des morsures de plus en plus profondes au fur et à mesure de leur croissance.
Les dommages peuvent prendre plusieurs formes :
- perforations irrégulières ;
- feuilles partiellement dévorées ;
- bords des feuilles rongés ;
- destruction du cœur de la rosette lors de fortes infestations.
Les dégâts sont assez différents de ceux provoqués par les limaces ou les escargots, qui laissent généralement des morsures plus larges accompagnées de traces de mucus.
Quelques exemples de chenilles trouvées sur des Aeoniums






Comment repérer rapidement leur présence ?
Les chenilles sont souvent plus faciles à détecter grâce aux indices qu’elles laissent qu’en les observant directement.
Des excréments noirs
C’est souvent le premier signe d’alerte.
Les chenilles produisent de très petits excréments noirs, ressemblant à des grains de poivre, qui s’accumulent sur les feuilles ou au centre des rosettes.
Lorsque plusieurs de ces petits points apparaissent, il est fortement conseillé d’inspecter immédiatement la plante.
Des feuilles perforées
Les morsures sont généralement irrégulières.
Les jeunes chenilles rongent souvent une seule face de la feuille, tandis que les individus plus développés peuvent traverser complètement le limbe.
La présence d’œufs
Certaines espèces déposent leurs œufs directement sur les feuilles.
Ces pontes prennent la forme de petits amas de couleur blanchâtre, jaunâtre ou verdâtre selon les espèces.
Les retirer avant l’éclosion permet souvent d’éviter toute infestation.
Des feuilles collées entre elles
Certaines chenilles utilisent des fils de soie pour rapprocher plusieurs feuilles et créer un abri discret dans lequel elles restent cachées durant la journée.
Ce symptôme est particulièrement révélateur.



Comment lutter contre les chenilles ?
Plus l’intervention est précoce, plus les dégâts seront limités.
Plusieurs solutions existent.
Le ramassage manuel
C’est la méthode la plus écologique.
En inspectant les plantes au crépuscule ou à l’aide d’une lampe en soirée, il est souvent possible de repérer les chenilles et de les retirer manuellement.
Les collectionneurs qui souhaitent préserver la biodiversité peuvent ensuite les déplacer vers une autre partie du jardin où elles pourront poursuivre leur développement sans endommager les Aeonium.
Il ne faut pas oublier que ces larves deviendront de futurs papillons, dont les populations ont fortement diminué au cours des dernières décennies.
Le savon noir
Le savon noir liquide peut présenter un intérêt uniquement sur les toutes premières larves fraîchement écloses.
Son efficacité devient ensuite très limitée sur les chenilles plus développées.
Une préparation classique consiste à diluer environ 5 cuillères à soupe de savon noir liquide dans un litre d’eau, puis à pulvériser soigneusement l’ensemble de la plante, y compris le revers des feuilles.
Le traitement devra être renouvelé plusieurs jours de suite si nécessaire.
Le Bacillus thuringiensis (Bt)
Le Bacillus thuringiensis (Bt) est aujourd’hui la solution biologique la plus utilisée contre les chenilles.
Cette bactérie produit naturellement une protéine qui agit spécifiquement sur le système digestif des larves de nombreux papillons.
Après ingestion, les chenilles cessent rapidement de s’alimenter avant de mourir quelques jours plus tard.
Le traitement est particulièrement efficace sur les jeunes larves.
Pour optimiser son efficacité, il est recommandé :
- d’intervenir dès les premiers dégâts ;
- de pulvériser en fin de journée ;
- d’éviter les périodes de pluie ;
- de respecter scrupuleusement les doses indiquées par le fabricant.
Les insecticides chimiques
Certains insecticides homologués contre les chenilles peuvent également être utilisés.
Parmi eux figurent des régulateurs de croissance, comme le pyriproxyfène, qui perturbent le développement des insectes en empêchant leur métamorphose normale.
Toutefois, ces produits présentent plusieurs inconvénients :
- ils peuvent affecter des insectes non ciblés ;
- leur utilisation est strictement encadrée par la réglementation ;
- les autorisations de mise sur le marché évoluent régulièrement selon les pays.
Avant toute utilisation, il est indispensable de vérifier que le produit est autorisé dans votre pays et de respecter les précautions d’emploi.
Prévenir plutôt que guérir
Une surveillance régulière reste le meilleur moyen de protéger efficacement une collection d’Aeonium.
Quelques minutes d’observation chaque semaine permettent souvent de détecter les premiers signes d’une attaque avant que les dégâts ne deviennent importants.
Inspectez en priorité :
- le cœur des rosettes ;
- le revers des feuilles ;
- les jeunes pousses ;
- les plantes situées près des éclairages extérieurs, souvent plus attractifs pour les papillons nocturnes.
Une intervention rapide évite généralement le recours à des traitements plus lourds et permet de préserver l’esthétique de vos plantes.
Partageons nos observations
Les espèces de chenilles susceptibles de s’attaquer aux Aeonium varient selon les régions du monde et restent encore relativement peu documentées.
Si vous avez observé des espèces particulières, identifié de nouveaux comportements ou testé des méthodes efficaces de lutte, n’hésitez pas à partager vos observations avec Variegated Aeonium.
Vos retours d’expérience contribueront à enrichir cet article et permettront d’améliorer les connaissances collectives sur ces ravageurs encore trop méconnus des collectionneurs d’Aeonium.
La trousse utile pour repérer et gérer les chenilles
1. Inspecter au bon moment
- Une lampe frontale rechargeable : elle libère les deux mains et facilite l’inspection au crépuscule, lorsque de nombreuses chenilles deviennent actives.
- Une loupe LED : utile pour rechercher les œufs, les jeunes larves, les excréments et les fils de soie au cœur des rosettes.
2. Retirer sans abîmer la plante
Une pince fine et longue permet d’atteindre les replis entre les feuilles et de retirer une larve ou une ponte sans écarter brutalement la rosette.
3. Traiter seulement si nécessaire
- Premières larves : le savon noir liquide peut compléter le retrait manuel, mais son efficacité diminue fortement sur les chenilles développées.
- Jeunes chenilles nombreuses : un produit à base de Bacillus thuringiensis peut être envisagé uniquement si son usage est autorisé pour la situation concernée. Respectez l’étiquette, les doses et les conditions d’application.
L’ordre d’intervention conseillé : inspecter, retirer manuellement, surveiller de nouveau, puis traiter seulement si les dégâts se poursuivent. Cette progression limite les produits utilisés et préserve davantage les insectes non ciblés.
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