Les hybrides des Serres de PEN AR RU : l’émergence d’une nouvelle génération d’Aeonium hybrides français

Serres de Pen Ar Ru

Après avoir présenté plusieurs grandes figures internationales de l’hybridation des Aeonium, il était indispensable de mettre en lumière le travail réalisé en France par une pépinière bretonne qui contribue activement au renouvellement de ce genre passionnant : les Serres de Pen Ar Ru.

Installée à Ploudaniel, dans le Finistère, cette pépinière est devenue au fil des années une adresse reconnue des amateurs de plantes succulentes et exotiques. Elle possède surtout la particularité de produire sur place une grande partie de ses plantes et d’avoir progressivement fait naître toute une série d’Aeonium encore très peu documentés.

Certains commencent aujourd’hui à circuler parmi les collectionneurs français et européens. Pourtant, leurs origines, leurs dates de création et parfois même l’identité précise de leur obtenteur risquent déjà de se perdre.

Cet article propose donc un premier inventaire de ces créations françaises et tente de replacer leur apparition dans l’histoire plus générale des Serres de Pen Ar Ru.

DE LA COLLECTION PRIVÉE À LA PÉPINIÈRE

L’histoire de Pen Ar Ru est avant tout celle d’une passion pour les plantes succulentes.

Robert Vincot, plus connu des collectionneurs sous le surnom de « Bob », a progressivement constitué avec son épouse Geneviève une importante collection de plantes succulentes et exotiques à Ploudaniel.

Dans un compte rendu publié en avril 2011, la Société d’horticulture du Bas-Léon expliquait que cette passion avait conduit Bob à ouvrir ses serres au public, puis à devenir horticulteur afin de vivre de ses plantes. Les visiteurs soulignaient déjà à cette époque le nombre impressionnant de variétés conservées sur place.

Les documents des fêtes des plantes auxquelles participait la pépinière permettent de mieux comprendre l’étendue de la collection. Les Serres de Pen Ar Ru étaient notamment présentées comme productrices de plantes succulentes, de plantes exotiques et de Protéacées.

Les Aeonium ne constituaient donc pas l’unique spécialité de la maison, mais ils occupaient déjà une place importante parmi les nombreuses Crassulacées cultivées.

LE RÔLE DE ROBERT ET GENEVIÈVE VINCOT

L’histoire de la pépinière est souvent résumée autour de la seule figure de Bob Vincot. Les archives montrent pourtant que Geneviève participa également à la continuité de l’exploitation.

L’activité professionnelle fut enregistrée au nom de Robert Vincot de janvier 2011 à juillet 2015. Elle passa ensuite officiellement au nom de Geneviève Le Gall, épouse Vincot, entre août 2015 et décembre 2017, toujours sous l’enseigne « Les Serres de Pen Ar Ru ».

LA REPRISE PAR VIRGINIE BROC’H

Le 1er janvier 2018, les Serres de Pen Ar Ru sont officiellement reprises par Virginie Broc’h, elle-même originaire de la région.

Les comptes rendus de la Société d’horticulture du Bas-Léon présentent cette reprise comme la succession de Robert et Geneviève Vincot après leur départ à la retraite. Virginie poursuit alors la production de plantes succulentes et exotiques tout en conservant l’identité particulière de la pépinière.

Lors d’une visite organisée en 2020, les membres de la Société d’horticulture du Bas-Léon furent ainsi reçus conjointement par Virginie Broc’h et Bob Vincot.

Virginie Bro’ch et Bob Vincot

UNE VÉRITABLE PÉPINIÈRE DE PRODUCTION

Les Serres de Pen Ar Ru ne sont pas un simple point de revente de plantes achetées auprès de producteurs extérieurs.

Dès 2019, la Société d’horticulture du Bas-Léon indiquait que Virginie assurait environ 80 % de la production proposée par la pépinière. Les plantes étaient multipliées directement sur place par semis, bouturage et division.

Cette information est particulièrement importante pour comprendre l’apparition des nouveaux Aeonium de Pen Ar Ru.

La multiplication par semis produit des plantes génétiquement différentes les unes des autres. Lorsque plusieurs Aeonium fleurissent simultanément, les graines obtenues peuvent provenir de croisements dirigés ou de pollinisations libres. Chaque semis doit ensuite être cultivé pendant plusieurs années avant que ses caractères adultes puissent être correctement évalués.

Certaines plantes se révèlent trop proches de leurs parents ou dépourvues d’intérêt particulier. D’autres développent au contraire une forme de feuille, un port, une coloration ou un comportement suffisamment original pour être conservées et multipliées par bouturage.

Cette sélection patiente explique l’apparition progressive de nombreux cultivars propres à la pépinière.

DES SERRES RICHES EN COLLECTIONS

Les comptes rendus publiés en 2019 et 2023 décrivent environ 1 000 m² de serres aménagées. Celles-ci accueillent une grande diversité de plantes succulentes et exotiques.

La pépinière commercialise ses plantes lors des ventes organisées sur place, mais aussi dans de nombreuses manifestations horticoles bretonnes. Elle a notamment participé aux fêtes des plantes de Kerjean, de la Roche-Jagu, de Roscoff, d’Andel et de Brest, ainsi qu’à différents marchés estivaux du littoral breton.

Cette commercialisation essentiellement régionale explique pourquoi certaines créations restent encore difficiles à trouver en dehors de la Bretagne.

UNE NOUVELLE GÉNÉRATION D’AEONIUM FRANÇAIS

Depuis la reprise de la pépinière, de nombreux nouveaux Aeonium ont été sélectionnés et diffusés sous des noms propres.

La plupart de leurs parentés ne sont pas publiées. Il est donc difficile de savoir s’ils proviennent de croisements contrôlés, de pollinisations libres ou de semis dont un seul parent était identifié.

Cette distinction est importante. Employer le mot « hybride » ne signifie pas nécessairement que les deux parents ont été choisis et consignés avant la pollinisation. Une plante peut être reconnue comme hybride sans que sa généalogie complète soit connue.

En l’absence d’informations directes de la pépinière, il est préférable de présenter les cultivars de Pen Ar Ru comme des Aeonium issus de semis, sélectionnés et multipliés sur place, sans leur attribuer une parenté précise.

DES DATES À INTERPRÉTER AVEC PRUDENCE

Les dates indiquées dans cet article correspondent principalement aux premières apparitions ou aux premières diffusions que nous avons pu documenter.

Elles ne doivent pas nécessairement être considérées comme les années exactes des croisements ou des semis.

Plusieurs années peuvent séparer :

  • la pollinisation ;
  • la récolte des graines ;
  • la germination ;
  • la sélection du jeune sujet ;
  • l’observation de ses caractères adultes ;
  • sa multiplication ;
  • sa première mise en vente.

Une plante commercialisée pour la première fois en 2023 peut donc provenir d’un semis réalisé plusieurs années auparavant.

UNE IDENTITÉ BRETONNE IMMÉDIATEMENT RECONNAISSABLE

Une grande partie des sélections de Pen Ar Ru porte des noms évoquant la Bretagne, le Finistère, ses communes, ses lieux-dits ou son environnement littoral.

‘Landéda’, ‘Langazel’, ‘Languilly’, ‘Kerno’, ‘Roudous’, ‘Kerjoly’, ‘Lannon’, ‘Pentrez’, ‘Roscanvel’ ou encore ‘Kerloï’ inscrivent directement ces plantes dans le territoire où elles ont été sélectionnées.

Tous ces noms ne sont cependant pas accompagnés d’une explication officielle. Il serait donc imprudent de leur attribuer une signification précise sans confirmation de Virginie Broc’h ou de Bob Vincot.

Pris dans leur ensemble, ils constituent néanmoins une véritable signature géographique. Alors que le marché des Aeonium s’internationalise rapidement, les créations de Pen Ar Ru conservent une identité bretonne particulièrement forte.

PREMIÈRE SÉLECTION D’AEONIUM DES SERRES DE PEN AR RU

AEONIUM SEDIBLACK (2020)

Aeonium ‘Sediblack’ occupe une place particulière dans l’histoire des Serres de Pen Ar Ru.

Contrairement aux créations plus récentes présentées dans cet article, sa sélection est attribuée à Bob Vincot. Des témoignages de culture le signalent au début des années 2020 et le Jardin exotique et botanique de Roscoff l’a présenté comme un cultivar créé aux Serres de Pen Ar Ru.

AEONIUM ELSA

Proche de l’Aeonium Cyclops. Aeonium ‘Elsa’ semble néanmoins occuper une place particulière : cette sélection ancienne ou, tout au moins, antérieure à la plupart des plantes présentées ici, pourrait avoir été utilisée comme parent dans plusieurs croisements récents de Pen Ar Ru. Cette piste demeure à confirmer directement auprès de Virginie Broc’h et de Bob Vincot.

AEONIUM RED MARGIN (2021)

Aeonium ‘Red Margin’ se distingue par la bordure rouge qui apparaît ou s’intensifie sur ses feuilles lorsque la luminosité augmente.

Son apparence peut évoquer Aeonium lancerottense.

Son nom anglais, qui signifie littéralement « marge rouge », semble décrire le principal caractère ornemental retenu lors de sa sélection.

AEONIUM CARRARE (2022)

D’après les serres de Pen Ar Ru, ce serait un hybride de ‘Bronze Tea Cup’.

AEONIUM ROUDOUS (2023)

AEONIUM KERNO (2023)

AEONIUM LANGUILLY (2023)

AEONIUM LOU (2023)

AEONIUM LANDEDA (2023)

AEONIUM LANGAZEL (2023)

AEONIUM GENE (2023)

UN PATRIMOINE HORTICOLE FRANÇAIS À PRÉSERVER

Les Aeonium des Serres de Pen Ar Ru représentent bien davantage qu’une succession de plantes portant des noms différents.

Ils témoignent de la continuité d’une aventure horticole française née de la passion de Robert et Geneviève Vincot, puis reprise et développée par Virginie Broc’h.

Ils montrent également qu’un travail original de production et de sélection peut se développer loin des grands centres internationaux de l’hybridation. Avec leur forte identité bretonne, ces cultivars constituent progressivement une collection cohérente et reconnaissable.

Beaucoup reste encore à découvrir sur leur histoire. Il serait notamment essentiel de recueillir directement les témoignages de Virginie, de Bob et de Geneviève afin d’établir une répartition fiable des créations et de retrouver, lorsque cela est encore possible, les carnets de semis, les étiquettes d’origine ou les souvenirs associés à chaque plante.

Cette documentation est indispensable pour éviter que les informations ne se perdent et pour permettre aux Aeonium des Serres de Pen Ar Ru d’occuper la place qu’ils méritent dans le patrimoine horticole français.

Cet article constitue un inventaire évolutif. Si vous possédez l’un de ces Aeonium, une ancienne étiquette de la pépinière, une date d’achat, des photographies ou des informations transmises directement par les Serres de Pen Ar Ru, n’hésitez pas à contacter VariegatedAeonium.fr afin de contribuer à sa mise à jour.

En savoir plus sur Variegated Aeonium

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture