Jack Catlin : l’homme qui a façonné une génération d’Aeoniums

Jack Catlin

‘Velour’, ‘Blushing Beauty’, ‘Plum Purdy’, ‘Cyclops’, ‘Voodoo’, ‘Garnet’, ‘Zwartkin’…

Ces noms sont familiers à de nombreux collectionneurs d’Aeoniums. Certains sont devenus des classiques de nos collections, d’autres ont servi de parents à de nouvelles générations d’hybrides et quelques-uns se retrouvent même, directement ou indirectement, dans la généalogie de nombreux Aeoniums variegata modernes.

Derrière ces plantes se trouve pourtant un homme aujourd’hui relativement méconnu :

John William « Jack » Catlin (1919–2008).

Biologiste de formation, artiste, paysagiste, collectionneur et hybrideur, cet Américain installé en Californie fut l’un des acteurs importants de l’histoire horticole moderne du genre Aeonium.

Et grâce à un article publié en 1993 dans le Cactus and Succulent Journal, alors que Catlin était encore vivant, il est aujourd’hui possible de reconstruire une partie de son parcours et surtout de mieux comprendre comment sont nés certains de ses Aeoniums les plus célèbres.

Une passion commencée dès l’enfance

Jack Catlin naît le 29 novembre 1919 à Springfield, dans l’Illinois.

Son intérêt pour les cactus et les plantes succulentes apparaît extrêmement tôt.

Il raconte que cette fascination était déjà bien installée lorsqu’il avait dix ans.

En 1929, il acquiert ainsi son premier Haworthia cymbiformis. Plus étonnant encore : lorsqu’il raconte cette histoire à Larry W. Mitich en 1993, il possède toujours chez lui, à La Cañada en Californie, le même clone acheté plus de soixante ans auparavant.

Quelques années plus tard, vers 1935, son père l’aide à construire une petite serre adossée à la maison familiale.

Sa collection de cactus et de succulentes commence alors réellement à se développer.

À l’adolescence, Catlin découvre également les catalogues illustrés de Harry Johnson, célèbre producteur californien de cactus et succulentes.

Il lui envoie une photographie de sa propre collection, qui compte alors environ cinquante plantes.

À sa grande surprise, Harry Johnson publie la photographie dans son catalogue de 1936.

Jack Catlin n’a alors que seize ans.

Il racontera des décennies plus tard combien cette petite reconnaissance avait renforcé sa passion.

Cette fascination pour les plantes ne le quittera plus.

De la biologie à l’art

Après avoir terminé ses études secondaires en 1938, Catlin étudie les sciences biologiques à l’Illinois State Normal University, aujourd’hui Illinois State University.

La Seconde Guerre mondiale interrompt cependant son parcours.

De 1942 à 1945, il sert dans l’US Navy comme Hospital Corpsman, notamment dans le Pacifique avec les Marines.

Lors de passages en Californie, il découvre les paysages et la flore succulente autour de San Diego et La Jolla. Pour le jeune homme venu de l’Illinois, les cactus, les Dudleya, les pépinières californiennes et Balboa Park constituent une véritable révélation.

Son parcours militaire le mène également jusqu’à Okinawa, aux Philippines et en Chine.

À Pékin, où il est stationné à proximité de Nan Yuan, Catlin découvre avec fascination l’un des grands centres historiques de l’art et de l’architecture asiatiques.

Après la guerre, il choisit justement de compléter sa formation scientifique par une formation artistique.

Il fréquente la School of Fine Arts de Washington University à St. Louis, puis l’Art Center College of Design de Los Angeles.

Biologie et art vont dès lors accompagner toute sa carrière.

Après avoir travaillé dans le design industriel, notamment pour l’industrie de la céramique, il s’oriente finalement vers le landscape design.

Cette double sensibilité — botanique et artistique — permet probablement de mieux comprendre son travail ultérieur sur les Aeoniums.

Catlin ne recherchait pas seulement une hybridation biologiquement intéressante.

Il sélectionnait des plantes pour leur couleur, leur architecture, leur texture et leur comportement dans le jardin.

La Californie, terrain d’expérimentation idéal

Installé à La Cañada, en Californie, Jack Catlin constitue progressivement une collection végétale considérable.

Il s’intéresse aux cactus et plantes succulentes, mais également aux bonsaïs, conifères et à de nombreuses autres familles végétales.

Les Abutilon deviennent notamment l’une de ses grandes passions. Il en hybride pendant plus de quarante ans et réalise lui-même de nombreux dessins en couleurs de ses créations.

Son travail sur d’autres genres végétaux mérite d’être mentionné parce qu’il permet de comprendre une chose essentielle :

Jack Catlin était déjà un hybrideur expérimenté lorsqu’il commença à travailler sérieusement avec les Aeoniums.

Il possédait une connaissance pratique de la sélection végétale, observait ses semis et conservait les individus présentant les caractères horticoles les plus intéressants.

Dans les Aeoniums, cette démarche allait produire des résultats remarquables.

‘Zwartkop’, la clé d’une grande partie de son travail

Pour comprendre les hybrides de Jack Catlin, il faut commencer par une plante fondamentale :

Aeonium ‘Zwartkop’.

Sa coloration extrêmement sombre constituait un caractère horticole spectaculaire.

Catlin comprit tout le potentiel qu’il pouvait obtenir en croisant ‘Zwartkop’ avec différentes espèces d’Aeonium possédant des morphologies très différentes.

Le principe était aussi simple que fertile :

utiliser ‘Zwartkop’ comme source de pigmentation et l’associer aux caractéristiques particulières d’autres espèces.

Avec Aeonium tabuliforme, il pouvait rechercher une rosette plus plate.

Avec Aeonium canariense, une texture et une architecture différentes.

Avec Aeonium undulatum, des dimensions beaucoup plus importantes.

À partir de cette idée naquirent plusieurs des Aeoniums horticoles les plus emblématiques de la fin du XXe siècle.à de nombreux hybrides contemporains.

1976 : Aeonium tabuliforme × ‘Zwartkop’

L’une des premières hybridations majeures documentées de Catlin remonte à 1976.

Il croise :

Aeonium tabuliforme × Aeonium ‘Zwartkop’

L’objectif est particulièrement intéressant.

A. tabuliforme produit cette extraordinaire rosette très aplatie qui semble presque posée contre le sol. ‘Zwartkop’, au contraire, est recherché pour ses pigments très sombres.

Catlin tente donc de réunir ces deux caractères dans une même plante :

une rosette sombre possédant quelque chose de l’architecture de tabuliforme.

Cette hybridation donnera naissance à plusieurs sélections importantes.

Aeonium ‘Zwartkin’

La plus directement associée à cette recherche est :

Aeonium ‘Zwartkin’.

L’article de Larry Mitich de 1993 constitue ici un document particulièrement précieux.

Il mentionne explicitement :

Aeonium tabuliforme × A. arboreum ‘Zwartkop’ — 1976.

À l’époque, le nom apparaît cependant sous la forme ‘Zwartkind’.

Nous savons aujourd’hui grâce aux corrections publiées ultérieurement par le Huntington qu’il s’agissait d’une erreur.

Le nom voulu par Catlin était bien : ‘Zwartkin’.

Le choix était un jeu de mots.

En anglais, kin signifie « parent », « apparenté » ou « de la même famille ».

‘Zwartkin’ était donc littéralement une parente de ‘Zwartkop’.

Au fil des catalogues, une première erreur transforma le nom en ‘Zwartkind’, puis une tentative de correction engendra encore ‘Zwartkint’.

Ces différentes orthographes continuent parfois de circuler aujourd’hui.

Ses rosettes conservent une coloration très sombre durant une grande partie de l’année et verdissent beaucoup moins que la plupart des autres cultivars issus de ‘Zwartkop’.

Sa croissance reste relativement lente et la plante atteint généralement entre 40 et 50 cm de hauteur.

Trois clones, trois destins

Les archives ultérieures du Huntington permettent de connaître beaucoup plus précisément le résultat de cette expérience.

Jack Catlin avait conservé trois clones parmi les semis issus de cette hybridation.

Le premier était ‘Zwartkin’, celui qui correspondait le mieux à son objectif initial.

Un autre, désigné ‘Zwartkin #3’, possédait essentiellement un feuillage vert et n’apportait pas suffisamment d’amélioration par rapport aux parents.

Mais le deuxième allait se révéler beaucoup plus intéressant.

Catlin l’appelait simplement :

‘Zwartkin #2’.

Sa rosette était moins plate que celle recherchée initialement.

En revanche, cette plante possédait d’autres qualités : elle était vigoureuse, développait des rosettes importantes, présentait une belle coloration rougeâtre et supportait particulièrement bien les conditions estivales.

Elle fut cultivée avec succès dans le Desert Garden du Huntington.

Et plusieurs années plus tard, elle allait connaître un destin inattendu.

Aeonium ‘Jack Catlin’

Jack Catlin meurt en juin 2008, à l’âge de 88 ans.

Après sa disparition, Gary Lyons, alors conservateur du Desert Garden du Huntington, propose de donner le nom de Catlin à l’ancien ‘Zwartkin #2’.

La plante est officiellement diffusée par le programme International Succulent Introductions en 2009, sous la référence : ISI 2009-10 — HBG 73035.

Elle devient : Aeonium ‘Jack Catlin’

Le choix possède une belle dimension symbolique.

La plante qui porte aujourd’hui son nom n’était pas exactement celle que Catlin avait voulu créer.

Il recherchait une rosette sombre et très aplatie.

Le semis finalement retenu était différent.

Mais il s’était révélé excellent horticulturalement.

C’est peut-être finalement l’une des meilleures illustrations de son travail : l’hybridation commence avec une idée précise, mais l’œil du sélectionneur doit ensuite savoir reconnaître une plante intéressante, même lorsqu’elle ne correspond pas exactement au résultat imaginé.

Ses rosettes, pouvant atteindre une vingtaine de centimètres de diamètre, adoptent une forme intermédiaire entre les deux parents : plus profondes que celles d’Aeonium tabuliforme mais plus ouvertes que celles de ‘Zwartkop’.

Le centre de la rosette reste d’un vert brillant tandis que les extrémités des feuilles prennent progressivement des nuances rouge foncé sous l’effet du soleil.

Il présente également une excellente tolérance aux fortes chaleurs estivales et développe une végétation dense et équilibrée.

Où placer Aeonium ‘Garnet’ ?

Un autre cultivar de Catlin est associé à la même parenté :

Aeonium ‘Garnet’.

Il est documenté comme issu de :

Aeonium tabuliforme × Aeonium ‘Zwartkop’

et fut distribué par l’ISI en 1995 sous la référence ISI 95-12.

On rencontre parfois l’affirmation selon laquelle ‘Garnet’, ‘Zwartkin’ et ‘Jack Catlin’ constitueraient exactement les trois clones conservés par Catlin.

Les archives du Huntington invitent toutefois à davantage de prudence.

La documentation relative à ‘Jack Catlin’ décrit trois clones, dont l’un était vert et ne présentait pas suffisamment d’intérêt.

Il est donc préférable, en l’état actuel des sources, de considérer ‘Garnet’ comme une autre sélection de Catlin issue de cette même parenté, sans affirmer qu’il faisait partie des trois clones précis évoqués dans l’histoire de ‘Zwartkin’.

Cette distinction illustre parfaitement la difficulté de reconstruire plusieurs décennies plus tard la généalogie exacte des anciens cultivars.

Son nom fait référence à la couleur grenat particulièrement intense que prend son feuillage sous une forte luminosité.

Il forme progressivement un arbuste compact et très ramifié composé de nombreuses rosettes denses. Son port est plus étalé que celui de ‘Jack Catlin’ et sa croissance est relativement vigoureuse. Les rosettes présentent un cœur vert persistant entouré d’un feuillage rouge bronze à grenat qui s’intensifie durant l’été. Cette combinaison de couleurs lui a également valu le surnom d’‘Irish Eyes’ chez certains producteurs anglophones.

À maturité, la plante peut atteindre environ 60 cm de hauteur pour plus d’un mètre d’envergure, en produisant de nombreux rejets. Son feuillage est généralement plus sombre que celui de ‘Jack Catlin’, tandis que son port rappelle davantage l’aspect compact hérité d’Aeonium tabuliforme.

1984 : Aeonium canariense × ‘Zwartkop’

Huit ans après le croisement avec tabuliforme, Catlin poursuit ses expérimentations.

En 1984, il réalise :

Aeonium canariense × Aeonium ‘Zwartkop’

Cette date est particulièrement solide puisqu’elle apparaît directement dans le portrait publié par Larry Mitich en 1993.

Cette nouvelle parenté donnera plusieurs plantes importantes dans l’histoire horticole du genre.

Aeonium ‘Blushing Beauty’

La première sélection clairement documentée est :

Aeonium ‘Blushing Beauty’

Mitich indique une création en 1984 et précise que la plante fut ensuite proposée par l’International Succulent Introductions en 1992.

Elle fut diffusée sous la référence :

ISI 92-27 — HBG 66756

‘Blushing Beauty’ combine des caractères hérités des deux parents.

Sa texture légèrement pubescente rappelle A. canariense, tandis que sa pigmentation provient de l’influence de ‘Zwartkop’.

Selon les conditions de culture et les saisons, les rosettes peuvent évoluer du vert vers différentes nuances rougeâtres, rosées ou bronze.

Cette capacité à changer considérablement d’apparence participe encore aujourd’hui à son intérêt horticole.

Aeonium ‘Plum Purdy’

La même parenté donnera également :

Aeonium ‘Plum Purdy’

La plante fut distribuée en 1994 sous la référence ISI 94-14.

Elle se distingue notamment par les tonalités prune que peut prendre son feuillage.

En mai 1995, le Los Angeles Times, annonçant une grande vente de plantes au Huntington, mentionnait spécifiquement les hybrides d’Aeonium de John Catlin et le feuillage violet profond de ‘Plum Purdy’.

Les Aeoniums de Catlin étaient donc déjà suffisamment remarquables pour que son nom soit utilisé comme argument auprès du public horticole californien.

Aeonium ‘Velour’

De cette même famille est également issu l’un de ses cultivars les plus importants :

Aeonium ‘Velour’

Sa fine pubescence foliaire, héritée de l’influence d’A. canariense, donne à la surface des feuilles un aspect légèrement velouté qui explique son nom.

Les pigments hérités de ‘Zwartkop’ permettent parallèlement aux rosettes de développer de magnifiques tonalités sombres, pourpres ou mauves.

‘Velour’ ne sera officiellement diffusé par l’ISI qu’en 2000 sous la référence ISI 00-41.

Cette chronologie est particulièrement instructive.

Chez Catlin, il peut s’écouler de nombreuses années entre une hybridation, la sélection d’un semis intéressant, sa multiplication, sa dénomination et sa diffusion officielle.

C’est pourquoi les dates de « création » rencontrées dans les catalogues modernes doivent être utilisées avec prudence.

1988 : naissance de Aeonium ‘Cyclops’

En 1988, Jack Catlin tente une nouvelle combinaison :

Aeonium undulatum × Aeonium ‘Zwartkop’

Cette fois, l’objectif est de combiner la puissance végétative et les grandes rosettes d’A. undulatum avec la pigmentation sombre de ‘Zwartkop’.

Le résultat sera spectaculaire.

Aeonium ‘Cyclops’

Larry Mitich le décrit en 1993 comme bronze foncé et extrêmement grand (il atteint généralement entre 1,50 et 2 mètres de hauteur.), avec des rosettes pouvant mesurer 14 à 16 pouces, soit environ 35 à 40 centimètres de diamètre.

La plante sera officiellement distribuée quelques années plus tard en 1995 sous le numéro ISI 95-11 — 1995.

Avec ses grandes rosettes rouge bronze à pourpre et son centre généralement plus vert, ‘Cyclops’ devient l’une des créations les plus immédiatement reconnaissables de Catlin. Cette particularité est à l’origine de son nom, rappelant l’œil unique du Cyclope de la mythologie grecque.

Aeonium ‘Voodoo’

La même parenté donnera également :

Aeonium ‘Voodoo’

Il partage donc avec ‘Cyclops’ les parents :

Aeonium undulatum × Aeonium ‘Zwartkop’

mais présente sa propre combinaison de caractères.

Cette hybridation associe la stature imposante d’Aeonium undulatum aux couleurs sombres de ‘Zwartkop’.

Il figure parmi les plus grands cultivars connus, pouvant dépasser deux mètres de hauteur dans de bonnes conditions de culture.

Sa large rosette adopte des teintes pourpres très foncées, presque noires durant l’été, avant de reverdir partiellement durant la saison de croissance.

Peu ramifié naturellement, il développe un port très élancé qui lui confère une silhouette particulièrement spectaculaire.

Il sera diffusé beaucoup plus tard sous la référence : ISI 2001-12

L’existence de ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ rappelle un principe fondamental de l’hybridation. Deux plantes provenant des mêmes parents ne sont pas nécessairement identiques.

Chaque semis constitue une nouvelle combinaison génétique, et c’est ensuite au sélectionneur de décider lesquels méritent d’être conservés.

Les Aeoniums de Catlin et le rôle essentiel du Huntington

L’histoire de Jack Catlin est étroitement liée au Huntington Botanical Gardens, à San Marino en Californie.

Catlin y fut actif pendant plusieurs décennies et entretenait des relations étroites avec plusieurs personnalités du jardin.

Le Huntington allait surtout jouer un rôle essentiel dans la conservation, l’identification et la diffusion de ses créations.

Son programme International Succulent Introductions permet aujourd’hui d’établir une chronologie documentaire particulièrement précieuse :

  • 1976 — ‘Zwartkin’ : hybridation documentée dans le témoignage de Catlin publié en 1993
  • 1984 — ‘Blushing Beauty’ : hybridation documentée ; diffusion ISI 92-27 en 1992
  • 1988 — ‘Cyclops’ : hybridation documentée ; diffusion ISI 95-11 en 1995
  • 1994 — ‘Plum Purdy’ : diffusion ISI 94-14
  • 1995 — ‘Garnet’ : diffusion ISI 95-12
  • 2000 — ‘Velour’ : diffusion ISI 00-41
  • 2001 — ‘Voodoo’ : diffusion ISI 2001-12
  • 2009 — ‘Jack Catlin’ : diffusion ISI 2009-10

Cette chronologie montre également pourquoi il faut être prudent lorsque l’on attribue une « date de création » à un ancien Aeonium.

Date du croisement, sélection du clone, attribution du nom et diffusion commerciale peuvent correspondre à quatre moments différents.

Catlin, collectionneur et conservateur

Si ses hybridations sont aujourd’hui la partie la plus visible de son héritage dans le monde des Aeoniums, elles ne racontent qu’une partie de sa personnalité.

Jack Catlin était profondément attaché à la conservation des collections végétales.

Il fut notamment responsable d’une importante collection historique d’Haworthia provenant de J. R. Brown et participa, en 1992, au transfert de duplicatas vers le Succulent Plant Trust en Angleterre afin de préserver ces clones.

Cette facette de son parcours mérite d’être évoquée brièvement car elle éclaire directement sa manière d’envisager les plantes.

Pour Catlin, une collection n’était pas seulement un ensemble de beaux spécimens.

Elle constituait également un patrimoine vivant qu’il fallait identifier, multiplier, partager et transmettre.

Une philosophie particulièrement actuelle lorsqu’on observe aujourd’hui combien certains anciens cultivars d’Aeonium sont devenus rares ou ont disparu.

Un hybrideur reconnu de son vivant

En 1993, lorsque Larry W. Mitich lui consacre son portrait dans le Cactus and Succulent Journal, Jack Catlin vient de recevoir le Special Service Award de la Cactus & Succulent Society of America.

La distinction récompense notamment ses hybridations importantes, sa contribution à la diffusion de la passion des succulentes et son travail de conservation.

D’autres récompenses jalonnent son parcours, notamment une importante distinction horticole en Californie en 1983 et le Golden Leaf Award de la Descanso Bonsai Society en 1992.

Son nom sera ensuite donné à une récompense de la CSSA consacrée précisément aux Aeoniums :

le Jack Catlin Award.

Que son nom soit ainsi associé au meilleur Aeonium présenté en exposition constitue sans doute l’un des hommages les plus appropriés à son travail.

Des créations qui ont continué à évoluer après lui

L’histoire pourrait s’arrêter aux cultivars créés directement par Catlin.

Mais son influence est en réalité beaucoup plus profonde.

Ses hybrides ont continué à être utilisés comme parents par d’autres hybrideurs.

Et c’est ici que son histoire rejoint directement celle des Aeoniums variegata modernes.

L’un des exemples les plus importants concerne Aeonium ‘Mardi Gras’.

Cette variété fut créée par l’hybrideuse américaine Renée O’Connell à partir d’une génétique dans laquelle on retrouve notamment deux créations de Jack Catlin :

‘Velour’ et ‘Garnet’.

Les travaux des deux hybrideurs sont donc directement reliés.

Catlin avait utilisé les espèces botaniques et ‘Zwartkop’ pour créer de nouvelles combinaisons.

Une génération plus tard, ces hybrides devenaient eux-mêmes les parents de nouvelles créations.

De Jack Catlin aux variegata asiatiques contemporains

Cette filiation devient particulièrement intéressante lorsqu’on observe l’histoire récente des Aeoniums panachés.

Mardi Gras a joué un rôle considérable dans le développement de plusieurs lignées modernes.

Des mutations variegata sont apparues à partir de cette génétique et ont ensuite été sélectionnées, multipliées et parfois à nouveau mutées, notamment en Asie.

Lorsque l’on reconstruit aujourd’hui certaines de ces familles, on remonte donc progressivement :

aux mutations contemporaines,

puis à ‘Mardi Gras’,

puis à ses parents,

et finalement à des hybrides comme ‘Velour’ et ‘Garnet’*.

Autrement dit, derrière certaines des plantes panachées les plus modernes de nos collections se trouvent encore des gènes provenant des expériences réalisées plusieurs décennies auparavant par Jack Catlin.

Cette continuité est probablement l’une des raisons pour lesquelles son histoire mérite aujourd’hui d’être racontée.

Des cultivars qui deviennent un patrimoine

L’histoire des Aeoniums de Catlin révèle également une difficulté familière à tous ceux qui tentent de documenter les anciens cultivars.

Une variété horticole peut devenir extrêmement populaire puis progressivement disparaître.

Les plantes changent de propriétaires.

Les étiquettes sont perdues.

Les noms sont déformés.

Des plantes différentes commencent à circuler sous le même nom.

L’histoire de ‘Zwartkin’, devenu successivement ‘Zwartkind’ puis ‘Zwartkint’ dans certains catalogues, en constitue un exemple presque parfait.

Le Huntington lui-même dut retrouver du matériel authentique après avoir perdu la plante de ses collections.

Conserver un cultivar signifie donc conserver simultanément :

la plante, son nom et son histoire.

Si l’un des trois disparaît, une partie du patrimoine horticole disparaît avec lui.

Jack Catlin photographié en 1982

Pendant longtemps, les photographies clairement identifiées de Jack Catlin semblaient difficiles à retrouver.

Le portrait de Larry W. Mitich publié en 1993 apporte désormais un document historique précieux.

Une photographie en noir et blanc montre Jack Catlin à Descanso Gardens en juin 1982, occupé avec les Abutilon qu’il affectionnait particulièrement.

La photographie est créditée à Mary Williams.

L’image nous montre non pas un homme posant officiellement devant une collection, mais un jardinier penché sur ses plantes.

Une photographie finalement assez représentative du personnage.

L’héritage de Jack Catlin

Jack Catlin meurt en juin 2008.

Il laisse derrière lui bien davantage qu’une collection de cultivars.

Il appartient à une génération d’horticulteurs qui ont contribué à faire passer les Aeoniums du statut de plantes botaniques relativement spécialisées à celui de véritable terrain d’expérimentation horticole.

Son idée d’utiliser ‘Zwartkop’ comme source de pigmentation et de le confronter aux morphologies de différentes espèces s’est révélée extraordinairement productive.

Avec tabuliforme apparurent ‘Zwartkin’, ‘Garnet’ et la lignée qui donnera plus tard ‘Jack Catlin’.

Avec canariense apparurent notamment ‘Blushing Beauty’, ‘Plum Purdy’ et ‘Velour’.

Avec undulatum apparurent ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’.

Puis certains de ces hybrides devinrent eux-mêmes des parents.

Une nouvelle génération d’hybrideurs reprit le relais.

De nouvelles mutations apparurent.

Et l’histoire continua.

Un homme derrière nos collections

Lorsqu’on regarde aujourd’hui un Aeonium ‘Velour’ ou ‘Cyclops’, il est facile de n’y voir qu’un nom sur une étiquette.

Pourtant, derrière cette étiquette se trouvent près d’un siècle d’histoire horticole.

Il y a le jeune garçon de Springfield qui construit une serre avec son père.

L’adolescent fier de voir la photographie de ses cinquante succulentes publiée dans un catalogue.

Le biologiste devenu artiste.

Le paysagiste californien.

Le collectionneur capable de conserver pendant plus de soixante ans le même clone acheté lorsqu’il avait dix ans.

Et surtout l’hybrideur qui comprit qu’en associant la couleur extraordinaire de ‘Zwartkop’ aux architectures d’autres espèces d’Aeonium, il pouvait créer quelque chose qui n’existait pas encore.

Jack Catlin n’a pas seulement créé plusieurs Aeoniums devenus célèbres.

Il a participé à la construction de l’une des lignées horticoles sur lesquelles repose encore une partie de la diversité des Aeoniums modernes.

Et lorsque nous cherchons aujourd’hui à reconstituer l’origine de certaines mutations variegata contemporaines, il arrive qu’au bout de l’arbre généalogique nous retrouvions encore son travail.

Plus de quarante ans après ses premières hybridations, Jack Catlin est toujours présent dans nos collections.

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