Ils sont rouges et noirs, vivent souvent en groupes impressionnants et semblent parfois avoir élu domicile au cœur de nos Aeoniums. Dès que les beaux jours arrivent, il n’est pas rare de découvrir plusieurs dizaines de petits insectes appelés communément « gendarmes » autour des pots, sur le substrat ou jusque dans les rosettes.
Faut-il pour autant s’inquiéter ?
La réponse est plutôt rassurante : dans l’immense majorité des cas, le gendarme n’est pas un ravageur préoccupant pour les Aeoniums. Sa présence sur une plante ne signifie pas nécessairement qu’il s’en nourrit, et encore moins qu’il est responsable de dégâts.
Mais pourquoi retrouve-t-on alors parfois autant de Pyrrhocoris apterus autour de nos plantes grasses ?
Le « gendarme », un habitué des endroits chauds et ensoleillés
Le gendarme, dont le nom scientifique est Pyrrhocoris apterus, est une punaise facilement reconnaissable à sa coloration rouge et noire caractéristique. Il mesure généralement autour d’un centimètre et appartient à la famille des Pyrrhocoridae.
Son nom vernaculaire vient justement de son aspect rappelant certains uniformes militaires.
Très largement répandu en Europe et dans les régions tempérées, il fréquente particulièrement les endroits chauds et exposés au soleil : pieds d’arbres, murs, pierres, murets, litière végétale et abords des habitations.
Et c’est précisément ce qui peut expliquer une partie du phénomène observé chez les amateurs d’Aeoniums.
Les Aeoniums constituent-ils un « piège à gendarmes » ?
Pas vraiment.
Les Aeoniums sont cultivés dans des conditions qui correspondent parfaitement aux préférences thermiques de nombreux insectes : pots exposés au soleil, terrasses, rocailles, serres, murs chauds et espaces relativement abrités.
Le pot lui-même peut également constituer un microhabitat intéressant.
Lorsque le soleil chauffe le substrat et les contenants, les gendarmes peuvent venir s’y regrouper pour profiter de cette chaleur.
Ce comportement est particulièrement visible au printemps. Les adultes sortant de leur période hivernale recherchent activement les zones ensoleillées. Des travaux scientifiques ont notamment montré que les regroupements au soleil permettent aux gendarmes d’élever fortement leur température corporelle et d’accélérer leur activité reproductive.
Autrement dit : si vos Aeoniums sont installés dans un endroit particulièrement chaud et lumineux, ils peuvent simplement se trouver au milieu d’un excellent lieu de villégiature pour les gendarmes !
Pourquoi sont-ils toujours plusieurs ?
C’est probablement l’une des caractéristiques qui impressionne le plus les amateurs d’Aeoniums.
On ne découvre généralement pas un seul gendarme.
On en découvre dix.
Puis vingt.
Puis parfois plusieurs dizaines regroupés au même endroit.
Ce comportement est parfaitement naturel.
Le Pyrrhocoris apterus est une espèce grégaire. Les individus peuvent former d’importants rassemblements, notamment dans les endroits chauds et ensoleillés.
Ces regroupements sont particulièrement visibles à certaines périodes de l’année et peuvent être liés à la thermorégulation, à la reproduction ou à la recherche de nourriture.
C’est donc tout à fait différent d’une colonie de pucerons.
Lorsque vous voyez une multitude de gendarmes au pied d’un Aeonium, il ne faut pas immédiatement conclure que la plante est attaquée.
Mais les gendarmes se nourrissent-ils des plantes ?
C’est ici que les choses deviennent plus intéressantes.
Le gendarme possède un rostre, une pièce buccale adaptée à l’aspiration. Son régime alimentaire est relativement varié.
Il consomme principalement des graines, notamment celles de certaines Malvacées et du tilleul, mais peut également consommer des matières végétales et des insectes morts. Il est également connu pour consommer certains œufs d’insectes et, à l’occasion, des pucerons ou des cochenilles.
Il ne faut donc pas présenter le gendarme comme un insecte exclusivement végétarien.
Et sur un Aeonium ?
C’est là que l’observation de terrain est importante.
La présence d’un gendarme sur un Aeonium ne signifie pas qu’il est en train de s’attaquer à la plante.
Il peut simplement :
- rechercher un endroit chaud ;
- se déplacer entre deux zones ;
- chercher de petites proies ;
- profiter de matières organiques présentes autour du pot ;
- rechercher des graines ou des débris végétaux ;
- se regrouper avec d’autres individus ;
- utiliser l’Aeonium comme simple support.
Les gendarmes sont notamment connus pour fréquenter les zones où se trouvent des graines, des végétaux en décomposition et différentes sources de nourriture.
Le gendarme peut même avoir un rôle intéressant dans votre collection
C’est probablement l’un des aspects les plus méconnus de cet insecte.
Contrairement à l’image de « ravageur » que peut donner son rostre, le gendarme peut participer à l’équilibre biologique du jardin.
L’INRAE indique notamment que son régime alimentaire comprend des œufs d’insectes ainsi que des pucerons et des cochenilles. L’espèce participe également à la décomposition de matières organiques et à la dissémination de graines.
Il serait donc dommage de considérer systématiquement cet insecte comme un ennemi.
Un auxiliaire à considérer avec nuance
Il ne faut toutefois pas tomber dans l’excès inverse.
Le gendarme n’est pas un auxiliaire spécialisé dans la lutte contre les pucerons ou les cochenilles comme peuvent l’être certains prédateurs beaucoup plus spécialisés.
Son alimentation est opportuniste et variée.
On peut donc le considérer comme un élément de la biodiversité du jardin, mais pas comme une solution biologique permettant à elle seule de contrôler une infestation.
Les gendarmes peuvent-ils endommager les Aeoniums ?
Dans la grande majorité des situations observées au jardin, une présence importante de gendarmes ne provoque pas de dégâts significatifs sur les Aeoniums.
C’est un point essentiel.
Si vous découvrez plusieurs dizaines de gendarmes autour d’un Aeonium parfaitement sain, avec des feuilles fermes, une croissance normale et aucune lésion suspecte, il n’y a généralement aucune raison de traiter.
Attention cependant aux jeunes pousses et aux parties tendres
Comme pour de nombreux insectes piqueurs-suceurs, il est préférable de rester attentif lorsqu’une population devient extrêmement importante.
Un insecte peut occasionnellement explorer ou piquer des tissus végétaux sans pour autant provoquer de dégâts visibles ou durables.
La situation devient réellement préoccupante uniquement si l’on observe simultanément :
- des lésions répétées sur les tissus ;
- des décolorations inhabituelles ;
- des tissus qui se nécrosent ;
- un ralentissement inexpliqué de la croissance ;
- ou une forte concentration d’insectes directement sur les tissus jeunes.
Dans ce cas, il faut surtout identifier précisément l’insecte avant d’intervenir.
Car dans une collection d’Aeoniums, le véritable problème est beaucoup plus souvent à chercher du côté des pucerons, cochenilles, thrips ou autres insectes piqueurs-suceurs que du côté du gendarme.
🔎 Ne les confondez pas !
Vous apercevez une petite punaise rouge et noire installée sur votre Aeonium ? Ne concluez pas trop vite qu’il s’agit d’un gendarme !
Plusieurs espèces présentes dans nos jardins arborent cette coloration très reconnaissable. Certaines se ressemblent beaucoup, mais leur régime alimentaire et leur comportement sont différents.

Le Gendarme — Pyrrhocoris apterus
Risque pour les Aeoniums : 🟢 Très faible à nul
C’est le plus connu. Son dessin noir sur fond rouge évoque un masque, et il est fréquent de l’observer en groupes parfois impressionnants.
Le gendarme se nourrit principalement de graines, notamment celles des Malvacées comme les mauves, roses trémières et hibiscus, ainsi que de celles des tilleuls. Il peut également consommer des insectes morts ou leurs œufs.
➡️ Sur un Aeonium : sa présence est beaucoup plus probablement occasionnelle qu’une véritable attaque. Il n’est pas considéré comme un ravageur des Aeoniums.
La Punaise à damier — Spilostethus saxatilis
Risque pour les Aeoniums : 🟢 Faible
Voilà l’une des espèces que l’on peut facilement prendre pour un gendarme.
Ses motifs rouges et noirs sont plus complexes et irréguliers, formant une sorte de mosaïque ou de damier. Contrairement au gendarme que l’on rencontre souvent en grandes colonies, elle s’observe plus volontiers seule ou en petit nombre.
C’est une punaise phytophage et polyphage qui consomme notamment les graines et les sucs de différentes plantes.
➡️ Sur un Aeonium : sa présence mérite simplement d’être surveillée, mais à ce jour les Aeoniums ne sont pas connus comme plantes-hôtes habituelles de cette espèce.
La Punaise écuyère — Lygaeus equestris
Risque pour les Aeoniums : 🟢 Faible
Encore une championne du déguisement !
Rouge et noire elle aussi, elle se distingue notamment par les petites marques blanches visibles sur la partie membraneuse sombre de ses ailes.
C’est principalement une consommatrice de graines. L’espèce peut néanmoins utiliser de nombreuses plantes : elle a été observée sur plusieurs dizaines d’espèces appartenant à de nombreuses familles végétales.
➡️ Sur un Aeonium : aucune raison de la considérer comme un ravageur spécifique. Une observation isolée ne justifie pas de traitement.
La Punaise rouge du chou — Eurydema ornata
Risque pour les Aeoniums : 🟡 À distinguer, mais Aeonium n’est pas sa cible habituelle
Ici, la situation est différente.
Cette jolie punaise rouge et noire est un véritable insecte phytophage susceptible d’occasionner des dégâts aux plantes dont elle se nourrit. Elle pique les feuilles et prélève leur contenu cellulaire. Lorsque les attaques sont nombreuses, les feuilles peuvent jaunir et les jeunes végétaux fortement infestés peuvent être sérieusement affectés.
Mais son régime est avant tout associé aux Brassicacées : choux, colza, navets et crucifères sauvages.
➡️ Sur un Aeonium : elle n’est pas connue comme ravageur habituel du genre. En revanche, si plusieurs individus restent durablement sur une plante et semblent piquer ses feuilles, une surveillance attentive est justifiée.
🌱 Que faire si vous en trouvez sur vos Aeoniums ?
Un individu de passage ? Ne faites rien.
La présence d’une punaise sur une plante ne signifie pas nécessairement qu’elle s’en nourrit. Les insectes utilisent aussi les Aeoniums comme simple support, abri ou poste d’observation.
En revanche, si plusieurs individus restent durablement sur la même plante, recherchez trois indices :
✓ des insectes avec le rostre inséré dans les tissus de l’Aeonium ;
✓ l’apparition répétée de petites zones décolorées ou nécrotiques au niveau des piqûres ;
✓ la présence de larves, pouvant indiquer que l’insecte ne fait pas que traverser votre collection.
Dans ce cas, photographiez l’insecte avant toute intervention : une identification correcte est toujours préférable à un traitement insecticide inutile.
🕵️ La règle à retenir
Rouge + noir ≠ forcément gendarme.
Et surtout :
Punaise posée sur un Aeonium ≠ punaise qui attaque l’Aeonium.
Observer avant de traiter permet souvent de découvrir que le supposé « ravageur » n’était finalement qu’un visiteur de passage.
Pourquoi sont-ils particulièrement nombreux autour des Aeoniums en été ?
La réponse tient principalement à leur environnement.
Les Aeoniums sont souvent cultivés dans des lieux qui combinent plusieurs facteurs particulièrement attractifs pour les gendarmes :
☀️ Soleil
Les terrasses et balcons très exposés offrent des surfaces chaudes où les insectes peuvent se thermoréguler.
🪴 Pots et substrats
Les pots constituent de petites zones protégées, notamment sous les feuilles mortes et autour de la base des plantes.
🌿 Végétation environnante
Un jardin ou une terrasse végétalisée fournit différentes ressources alimentaires et différents refuges.
🌡️ Microclimat
La chaleur accumulée par les pots, les pierres et les murs peut créer un environnement très différent de la température de l’air.
Les recherches consacrées à Pyrrhocoris apterus montrent justement l’importance des microclimats dans son comportement et sa survie.
Faut-il traiter les gendarmes?
Dans la plupart des cas : non.
C’est probablement le conseil le plus important à retenir.
Si les gendarmes sont simplement présents autour de vos Aeoniums et que les plantes ne présentent aucun dégât, il n’est pas nécessaire d’utiliser un insecticide.
Traiter systématiquement un insecte simplement parce qu’il est nombreux serait même contre-productif.
Un traitement insecticide peut affecter d’autres organismes présents dans votre collection ou votre jardin, y compris certains auxiliaires.
Avant de sortir le pulvérisateur, prenez donc quelques secondes pour observer.
Posez-vous trois questions :
1. Quel est réellement l’insecte présent ?
Un gendarme ? Une punaise ? Un puceron ? Une cochenille ?
2. La plante présente-t-elle réellement des dégâts ?
La présence d’insectes n’est pas forcément synonyme de problème.
3. Ces dégâts sont-ils réellement attribuables à cet insecte ?
C’est une étape souvent oubliée.
Que faire si leur présence devient vraiment gênante ?
Si vous n’appréciez tout simplement pas d’avoir une importante population de gendarmes autour de vos Aeoniums, la première solution est… de ne rien faire.
Une population importante peut être temporaire.
Les individus se déplacent en fonction des températures, de la nourriture et de leur cycle biologique. Leur abondance peut donc varier considérablement au fil des semaines.
Vous pouvez également :
- retirer les feuilles mortes accumulées au pied des plantes ;
- éviter de laisser des débris végétaux s’accumuler dans les pots ;
- déplacer temporairement les plantes très fréquentées ;
- retirer manuellement les groupes d’insectes si nécessaire ;
- surveiller l’apparition éventuelle de véritables ravageurs.
L’objectif n’est pas de transformer votre collection en environnement stérile.
Un Aeonium cultivé dans un jardin vivant sera forcément entouré d’insectes.
Et c’est plutôt une bonne chose.
Une présence bénéfique pour la biodiversité
Le gendarme fait partie de ces insectes que l’on remarque immédiatement, mais dont on connaît finalement assez mal le rôle.
Sa présence participe à la diversité biologique du jardin. Il constitue lui-même une ressource alimentaire pour différents prédateurs, notamment des oiseaux, des araignées, certaines guêpes et des frelons.
Son caractère grégaire et sa coloration rouge et noire en font également l’un des insectes les plus facilement reconnaissables de nos jardins.
Et contrairement à certaines idées reçues, le gendarme n’est pas un insecte qu’il faut systématiquement éliminer dès qu’on le rencontre.
Faut-il donc s’inquiéter ?
Non, pas dans la grande majorité des cas.
Voir quelques gendarmes sur un Aeonium est parfaitement banal.
En voir plusieurs dizaines peut être impressionnant, mais la quantité d’insectes ne suffit pas à elle seule à déterminer s’il existe un problème.
Ce qui compte réellement, c’est l’état de la plante.
Un Aeonium qui continue à produire de belles feuilles, conserve une croissance normale et ne présente aucune lésion suspecte ne nécessite pas de traitement simplement parce que des gendarmes se promènent dessus.
Le bon réflexe : observer avant de traiter
C’est finalement l’une des règles essentielles de la culture des Aeoniums.
Un insecte n’est pas forcément un ravageur.
Et le gendarme en est un excellent exemple.
Avant de considérer ces petits insectes rouges et noirs comme des ennemis, prenez le temps de les observer.
Ils sont peut-être simplement venus profiter du soleil avec vous.
À retenir
🐞 Le gendarme (Pyrrhocoris apterus) est une punaise rouge et noire très commune.
☀️ Il aime les endroits chauds et ensoleillés, ce qui explique pourquoi il peut être particulièrement visible autour des Aeoniums cultivés en extérieur.
👥 Il est grégaire et peut former des groupes très importants.
🌱 Il possède un régime alimentaire varié, principalement orienté vers les graines et certaines matières végétales, mais il peut aussi consommer des insectes morts ainsi que certains œufs, pucerons et cochenilles.
🪴 Sa présence sur un Aeonium ne signifie pas nécessairement qu’il l’attaque.
🚫 Il n’est généralement pas nécessaire de le traiter.
🔎 En cas de dégâts visibles, il faut avant tout identifier précisément le responsable.
Et surtout, dans une collection d’Aeoniums, il vaut mieux apprendre à distinguer l’insecte simplement présent de l’insecte réellement nuisible.
C’est souvent la différence entre une collection traitée inutilement… et une collection cultivée dans un environnement naturellement équilibré.
