Parmi les Aeoniums hybrides dont l’histoire est intimement liée à la France, ‘Marnier-Lapostolle’ occupe une place à part.
Son histoire commence dans l’un des jardins botaniques privés les plus extraordinaires jamais constitués : le jardin des Cèdres, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, sur la Côte d’Azur. C’est dans ce cadre exceptionnel que cet Aeonium serait apparu spontanément, probablement à la suite d’une hybridation naturelle dont les deux parents restent aujourd’hui inconnus.
Quelques décennies plus tard, une mutation variegata de ce cultivar est apparue en Asie. Elle a conservé certains caractères particulièrement reconnaissables de ‘Marnier-Lapostolle’, tout en développant une panachure originale associant vert, crème, rose, rouge et pourpre.
À ce jour, cette forme constitue la seule mutation variegata de ‘Marnier-Lapostolle’ largement identifiée et documentée.
AEONIUM ‘MARNIER-LAPOSTOLLE’
UNE CRÉATION NÉE DANS UN JARDIN BOTANIQUE EXCEPTIONNEL
‘Marnier-Lapostolle’ n’est pas un hybride créé artificiellement dans une serre ou par un programme d’hybridation contrôlé.
Il serait apparu spontanément dans le jardin botanique Les Cèdres, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, dans les Alpes-Maritimes. Ses parents n’ont malheureusement jamais été identifiés avec certitude.
ORIGINE : hybride naturel ou spontané apparu dans le jardin botanique Les Cèdres, dans le sud de la France. Parents inconnus.
NOMS CONNUS : ‘Marnier-Lapostolle’, Aeonium Fuji, Aeonium Akafuji, Red Fuji.
DATE DE CRÉATION : inconnue.
ORIGINE GÉOGRAPHIQUE DU CULTIVAR : Saint-Jean-Cap-Ferrat, France.
Plusieurs sources spécialisées avancent l’hypothèse d’une parenté avec Aeonium glutinosum, notamment en raison de certaines caractéristiques morphologiques communes. Cependant, aucune donnée permettant d’établir définitivement cette filiation ne semble aujourd’hui disponible. Nous retiendrons donc Aeonium glutinosum comme parent possible, et non comme parent confirmé.
Julien Marnier-Lapostolle et les cèdres
L’histoire de cet Aeonium est indissociable de celle de Julien Marnier-Lapostolle (1902-1976).
Issu de la famille à l’origine du célèbre Grand Marnier, Julien Marnier-Lapostolle fut également un passionné de botanique. Il consacra une grande partie de sa vie à enrichir les collections végétales du domaine familial des Cèdres.
Le domaine avait été acquis par la famille Marnier-Lapostolle en 1924, après avoir notamment appartenu au roi des Belges Léopold II. Julien Marnier-Lapostolle développa ensuite considérablement les collections botaniques, faisant des Cèdres un lieu exceptionnel pour l’acclimatation de plantes venues des régions tropicales et subtropicales.
Le jardin s’étend sur environ 14 hectares et possède notamment 25 serres chauffées. Les chiffres concernant le nombre de plantes varient selon les sources et les périodes, mais les collections ont compté plus de 14 000 espèces tropicales, faisant des Cèdres une collection botanique privée d’une richesse tout à fait exceptionnelle.
Ce qui rendait surtout le jardin remarquable n’était pas uniquement le nombre de plantes conservées.
De nombreux végétaux possédaient une origine documentée et une histoire de culture suivie, tandis que certaines plantes étaient représentées par des génotypes particulièrement rares. Les collections constituaient ainsi un véritable patrimoine botanique vivant.
C’est dans cet environnement, où des plantes provenant du monde entier étaient cultivées côte à côte, que serait apparu spontanément ‘Marnier-Lapostolle’.
Un hybride dont la généalogie reste mystérieuse
L’un des aspects les plus intéressants de ‘Marnier-Lapostolle’ est précisément l’incertitude qui entoure son origine.
Il ne s’agit pas d’un hybride dont les parents ont été soigneusement enregistrés au moment du croisement. La plante serait issue d’une hybridation spontanée, les parents n’ayant pas été identifiés.
Cette situation n’est pas exceptionnelle dans les jardins botaniques où de nombreuses espèces et cultivars d’un même genre sont cultivés simultanément.
L’hypothèse d’une participation d’Aeonium glutinosum est régulièrement avancée. Elle repose notamment sur certaines similitudes morphologiques, en particulier sur la présence de lignes longitudinales caractéristiques sur les feuilles, un caractère que l’on retrouve chez A. glutinosum.
Mais en l’absence de preuve génétique ou de documentation historique permettant de confirmer cette hypothèse, il serait prématuré de présenter A. glutinosum comme un parent certain.
La véritable généalogie de ‘Marnier-Lapostolle’ reste donc inconnue.
Cette incertitude fait d’ailleurs partie intégrante de l’intérêt historique de ce cultivar.
Description botanique
‘Marnier-Lapostolle’ est un petit Aeonium buissonnant, dont le développement est davantage horizontal que vertical.
La plante produit progressivement de nombreuses ramifications et rosettes, ce qui lui permet de former avec le temps un sujet relativement dense et étalé presque rampant, pouvant atteindre environ 20 à 30 cm de hauteur.
Les rosettes sont relativement ouvertes et composées de feuilles plates, charnues et largement spatulées. Celles-ci s’élargissent progressivement avant de se terminer par une petite pointe.
L’épiderme possède une fine pubescence, donnant à la surface des feuilles une texture légèrement veloutée.
Mais c’est surtout la coloration du feuillage qui permet de reconnaître immédiatement le cultivar.
Les feuilles présentent généralement un fond vert clair, parcouru longitudinalement par une ligne rouge pourpre à violacée.
Cette ligne centrale n’est pas parfaitement régulière. Elle ressemble davantage à un coup de pinceau traversant la feuille dans sa longueur.
Les marges peuvent également se colorer de rouge, parfois de manière particulièrement intense lorsque la plante bénéficie d’une forte luminosité.
L’ensemble crée un contraste très particulier entre le vert du feuillage, les marges rouges et les lignes centrales pourpres.
C’est précisément cette combinaison de couleurs qui donne à ‘Marnier-Lapostolle’ une identité visuelle très forte et permet généralement de le distinguer assez facilement d’autres Aeonium rouges.
La coloration est toutefois variable selon la luminosité et la saison. Une exposition lumineuse favorise généralement l’intensification des pigments rouges et pourpres, tandis qu’une plante cultivée dans des conditions moins lumineuses peut présenter un feuillage beaucoup plus vert.
Une plante particulièrement vigoureuse
L’un des caractères remarquables de ‘Marnier-Lapostolle’ est sa vigueur.
Malgré sa taille relativement modeste, le cultivar ramifie facilement et produit de nouvelles rosettes de manière généreuse. Avec le temps, il peut ainsi former un véritable petit buisson composé de nombreuses têtes.
Cette propension à ramifier semble avoir été largement conservée chez sa forme variegata, même si celle-ci présente généralement une croissance plus lente.
La floraison
Comme les autres Aeonium, ‘Marnier-Lapostolle’ peut fleurir à maturité.
Les sources horticoles décrivent des fleurs jaunes, caractéristiques du genre.
La floraison reste cependant secondaire face à l’intérêt du feuillage, dont les lignes rouges et pourpres constituent le principal attrait ornemental.
Une histoire qui ne s’arrête pas aux Cèdres
L’histoire du jardin des Cèdres a connu un tournant majeur à la fin des années 2010.
Après le rachat de Grand Marnier par le groupe italien Campari en 2016, la villa et son domaine sont finalement vendus en 2019 à l’homme d’affaires ukrainien Rinat Akhmetov pour environ 200 millions d’euros. Campari avait notamment indiqué ne pas souhaiter conserver cette propriété dont l’entretien représentait une charge importante.
Cette vente suscita de nombreuses inquiétudes dans le monde botanique quant à l’avenir des collections végétales exceptionnelles constituées par Julien Marnier-Lapostolle et entretenues durant plusieurs générations. Le Monde soulignait notamment la présence de plantes extrêmement rares, dont certaines n’existaient déjà plus dans leur milieu naturel.
L’histoire de ‘Marnier-Lapostolle’ prend ainsi une dimension particulière : ce cultivar constitue aujourd’hui l’un des témoignages vivants de cette extraordinaire collection botanique privée.



LISTING DES AEONIUMS VARIEGATAS ISSUS DE MARNIER LAPOSTOLLE

MARNIER LAPOSTOLLE VARIEGATA
Autre nom donné : 青花瓷, blue and white porcelain, Blue-White Fuji.

MARNIER LAPOSTOLLE SUPER WHITE

MARNIER LAPOSTOLLE MIDDLE
Autre nom donné : (Hailang Rose ?)
