Big Bang Family, ces étranges Aeoniums zébrés sont-ils vraiment des variegata ?

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Dans l’univers des Aeoniums de collection, certaines mutations sont immédiatement reconnaissables. La Big Bang Family appartient incontestablement à cette catégorie.

Des stries brunes ou noires semblent avoir été tracées au pinceau sur des feuilles parfois presque noires ou vertes. Le dessin change d’une rosette à l’autre, peut s’intensifier, s’atténuer ou disparaître partiellement avant de revenir. Depuis leur apparition dans les collections, ces Aeoniums spectaculaires ont rapidement trouvé leur public.

Mais derrière le terme « Big Bang », désormais largement utilisé dans le commerce international, se cache une question beaucoup plus intéressante :

sommes-nous réellement en présence d’Aeoniums panachés ?

La spécialiste américaine des Aeoniums Aevriel Scarlett propose une autre lecture du phénomène. Selon elle, les Big Bang ne présenteraient pas une véritable panachure au sens classique, mais plutôt une mutation affectant l’expression des pigments.

Une hypothèse qui change sensiblement notre façon de regarder ces plantes.

De « Lasijin » à « Big Bang »

Le nom Big Bang n’est vraisemblablement pas le terme d’origine employé pour désigner cette mutation.

En Chine, on rencontre notamment l’appellation « Lasijin » (拉丝锦). Sa traduction littérale est délicate, mais le terme évoque visuellement de fines lignes ou fibres colorées parcourant le feuillage.

Dans notre vocabulaire occidental, des expressions comme « zébré », « strié » décrivent probablement mieux l’aspect de ces plantes.

Avec le développement du commerce international des Aeoniums asiatiques, l’appellation Big Bang s’est progressivement imposée et désigne aujourd’hui toute une famille de plantes présentant ce motif très particulier.

Il ne s’agit cependant pas d’une famille botanique ni d’un groupe taxonomique reconnu. Big Bang est avant tout une appellation horticole, permettant de regrouper des Aeoniums partageant une expression visuelle comparable.

Une mutation différente des variegata classiques ?

C’est probablement ici que l’histoire devient la plus intéressante.

Chez un Aeonium variegata classique, les zones crème, jaunes ou blanches correspondent généralement à des parties du feuillage dans lesquelles la présence ou l’expression de la chlorophylle est réduite ou absente. Selon l’organisation des tissus concernés, cette panachure peut former des marges, une zone centrale, des secteurs ou différentes mosaïques.

Le phénomène Big Bang semble visuellement différent.

Les feuilles sont parcourues de lignes extrêmement fines et irrégulières, souvent associées aux pigments bruns ou noirs de la plante.

Aevriel Scarlett considère ainsi que ce type de « variegation » ne constituerait pas une véritable panachure.

Selon son interprétation, le phénomène pourrait plutôt correspondre à une mosaïque dans l’expression de la pigmentation rouge, pourpre ou très sombre du feuillage. Les secteurs verts ne seraient alors pas nécessairement des zones ayant perdu puis retrouvé leur chlorophylle : ils pourraient correspondre à des tissus chlorophylliens dans lesquels la pigmentation anthocyanique s’exprime moins fortement.

Cette hypothèse est particulièrement intéressante lorsqu’on observe les Big Bang issus de cultivars très pigmentés comme Aeonium ‘Zwartkop’.

Au lieu d’imaginer des zones ayant simplement perdu leur chlorophylle, il faudrait donc envisager une sorte de mosaïque dans l’expression des pigments, produisant ces lignes caractéristiques.

Il convient néanmoins de rester prudent. Des travaux scientifiques menés sur des Aeonium sombres, notamment ‘Halloween’, confirment le rôle majeur des anthocyanes dans les colorations rouges à pourpres et montrent que leur accumulation est fortement influencée par la lumière. En revanche, à notre connaissance, aucune étude n’a encore déterminé directement le mécanisme cellulaire ou génétique responsable du phénomène Big Bang. Une organisation en mosaïque de lignées cellulaires constitue une hypothèse compatible avec son aspect et son instabilité, mais elle n’est pas démontrée.

L’instabilité au cœur du phénomène

Une autre observation d’Aevriel Scarlett est particulièrement importante : les Big Bang sont intrinsèquement instables.

Les plantes peuvent progressivement évoluer vers des pousses entièrement vertes ou, au contraire, entièrement sombres.

Cette instabilité permet probablement de mieux comprendre un comportement bien connu des collectionneurs : un Big Bang spectaculaire lors de son acquisition peut produire quelques mois plus tard des rosettes beaucoup moins striées.

Certaines pousses semblent perdre presque totalement le motif avant qu’il ne réapparaisse ailleurs sur la plante.

La luminosité, la saison et l’état de croissance peuvent également modifier considérablement son apparence, sans que l’on puisse nécessairement attribuer l’ensemble de ces variations à l’environnement.

Le caractère évolutif du motif semble faire partie intégrante du phénomène Big Bang.

C’est aussi ce qui rend ces Aeoniums fascinants.

Deux boutures provenant d’une même plante peuvent progressivement présenter des dessins très différents.

Aux origines des Big Bang

L’histoire exacte des premiers Big Bang reste difficile à établir.

Plusieurs récits circulent dans les collections internationales, notamment autour d’une origine australienne et d’une origine sud-coréenne.

Les informations actuellement disponibles permettent néanmoins de distinguer deux lignées historiques importantes :

Atropurpureum Big Bang, issu d’Aeonium ‘Atropurpureum’, qui pourrait représenter l’une des formes les plus anciennes connues ;

et Zwartkop Big Bang, issu d’Aeonium ‘Zwartkop’ et associé à la Corée du Sud.

C’est cette seconde lignée qui allait véritablement populariser le phénomène.

Aujourd’hui, lorsqu’un collectionneur parle simplement de « Big Bang », il fait généralement référence au Zwartkop Big Bang.

Mais depuis, la famille s’est considérablement agrandie.

aeonium zwartkop big bang

BIG BANG (‘ZWARTKOP BIG BANG’)
Noms connus : ‘Zwartkop Big Bang’ (vu qu’il existe désormais d’autres variantes, il serait plus judicieux de le nommer ainsi), ‘M Brushed’.
Considéré aujourd’hui comme le BigBang de référence, il est celui qui a popularisé cette mutation à travers le monde.

Son principal atout est son feuillage extrêmement sombre, presque noir, directement hérité de son parent Aeonium ‘Zwartkop’. Ses feuilles présentent des rayures irrégulières aux nuances variables, créant un effet graphique unique.

Comme tous les membres de cette famille, l’intensité du motif BigBang reste aléatoire. Certaines plantes peuvent perdre temporairement une partie de leurs stries lors des phases de croissance avant de retrouver progressivement leur aspect caractéristique.

C’est justement cette évolution permanente qui fait tout le charme des BigBang : aucun sujet n’est totalement identique à un autre.

Plus d’infos ici.

ATROPURPUREUM BIG BANG
Considéré comme le plus ancien représentant connu de la famille, il serait à l’origine de la première lignée BigBang.

Issu d’Aeonium ‘Atropurpureum’, il se distingue par des feuilles plus fines, moins brillantes et généralement plus brunes que celles du Zwartkop BigBang.

Sa principale particularité est son comportement saisonnier : l’expression visuelle du motif BigBang peut devenir très discrète pendant certaines phases de croissance ou lorsque la lumière est insuffisante. Le contraste réapparaît généralement lorsque la pigmentation sombre du feuillage s’intensifie, notamment sous une luminosité plus forte.

Cette variation reste aujourd’hui beaucoup plus rare que celle issu de ‘Zwartkop’.

BIG BANG PLUS
Noms connus : ‘Aurora’, ‘Blushing Beauty Big Bang’
Présenté comme une évolution plus récente de la famille, le BigBang Plus serait le deuxième grand représentant apparu après le Zwartkop BigBang.

Une confusion existe toutefois dans le commerce : certains sujets vendus sous le nom BigBang Plus seraient en réalité des ‘Velour Big Bang’, ce qui rend l’identification parfois difficile.

VELOUR BIG BANG
On les retrouve aussi souvent sous le nom de Bigbang Plus.

HALLOWEEN BIG BANG
Noms connus : ‘Halloween BigBang’ (nom le plus répandu), Big Bang Rose, Madeira Rose Big Bang, Halloween Lace Variegata, Black Devil with poker face, Big Bang & Halloween variation.
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INK PAINTING BIG BANG

aeonium voodoo big bang

VOODOO BIG BANG

Noms connus : ‘Voodoo BigBang’ (nom le plus répandu), ‘Voodoo Brush’, 巫毒拉丝.

Cette variation transpose le phénomène Big Bang sur une autre lignée horticole et participe à la diversification rapide du groupe.

Elle montre également que le motif Big Bang n’est pas limité aux descendants directs de ‘Zwartkop’.

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aeonium fiesta big bang

FIESTA BIG BANG
Noms connus : ‘Fiesta Bigbang’ (nom le plus répandu), ‘Brown Bear’, ‘Fiesta Rainbow Sunglow’, ‘Morandi’.

Plus d’infos ici.

STROMBOLI

Une création française dans l’univers Big Bang

Création : 2024 — Serres de Pen Ar Ru, France

‘Stromboli’ occupe une place particulière dans cette sélection puisqu’il ne serait pas simplement apparu comme une mutation végétative d’un cultivar déjà connu.

Il serait issu d’un semis de ‘Pseudotabuliforme’.

Son histoire mérite donc d’être distinguée de celle des Big Bang asiatiques classiques et rappelle qu’un aspect visuel comparable ne signifie pas nécessairement une origine génétique identique.

ZWARTKIN BIG BANG (ou GARNET BIG BANG)
Autre nom donné : Aeonium Garnet rainbow variegata
Comme bien souvent pour les Garnet/Zwartkin variegata, il y a un désaccord entre les différents producteurs. On retrouve celui-ci avec soit le nom Zwartkin, soit le nom Garnet...

CHANEL BIGBANG

Création 2024

Une « famille » appelée à évoluer

La Big Bang Family constitue finalement un excellent exemple de la difficulté à vouloir enfermer les Aeoniums modernes dans des catégories trop rigides.

Pendant longtemps, ces plantes ont naturellement été intégrées aux Aeoniums variegata, leur feuillage présentant une alternance spectaculaire de couleurs.

Mais les observations d’Aevriel Scarlett invitent à regarder le phénomène autrement, comme une mutation pigmentaire instable produisant une expression en mosaïque particulièrement spectaculaire.

Cette distinction explique pourquoi, sur Variegated Aeonium, Big Bang est considéré comme un type de mutation à part entière plutôt que comme une simple variante de panachure striée.

La frontière reste cependant ouverte.

Et c’est peut-être finalement ce qui rend les Big Bang aussi fascinants.

Nous savons parfaitement les reconnaître. Nous apprenons à comprendre leur comportement. Mais nous ne savons pas encore complètement expliquer ce qui se passe à l’intérieur de leurs feuilles.

Pour le collectionneur, cette incertitude scientifique ne retire rien à leur attrait.

Elle ajoute au contraire une dimension supplémentaire à l’une des mutations les plus étonnantes apparues dans l’histoire récente des Aeoniums de collection.

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